Chaque année, la fin de l’hiver agit comme un révélateur sanitaire et des maladies oubliées refond surface subitement. Mars concentre des fragilités accumulées pendant plusieurs mois. Les organismes sortent affaiblis. Les carences se manifestent. Les infections latentes deviennent visibles.
Un phénomène saisonnier sous-estimé
Sur le terrain, les professionnels de santé observent un phénomène récurrent. Des pathologies que l’on croit maîtrisées, marginales ou rares refont surface, souvent dans les mêmes contextes sociaux et géographiques. Elles ne surprennent pas les acteurs humanitaires. Elles surprennent surtout les systèmes de surveillance.
Une conjonction de facteurs biologiques et sociaux
La période de transition entre l’hiver et le printemps cumule plusieurs risques. Les défenses immunitaires restent diminuées après une exposition prolongée au froid et au manque de lumière. De plus, les infections respiratoires ont circulé pendant des semaines et les réserves nutritionnelles sont basses, en particulier chez les populations précaires.
À cela s’ajoutent des facteurs sociaux. Les déplacements reprennent. Les écoles rouvrent pleinement. Les migrations saisonnières recommencent. La promiscuité persiste dans de nombreux contextes humanitaires.
Ces éléments créent un terrain favorable à la résurgence de maladies anciennes, mais jamais éradiquées.
La tuberculose toujours présente dans l’ombre
La tuberculose reste l’un des meilleurs exemples de cette dynamique. Elle n’a jamais disparu, mais son expression clinique devient plus visible à la fin de l’hiver. La fatigue chronique masque souvent les premiers symptômes. La toux persistante est banalisée. Le diagnostic arrive tardivement.
Dans plusieurs régions d’Afrique, d’Asie centrale et d’Europe de l’Est, les équipes médicales observent une augmentation des cas déclarés entre mars et mai. Les conditions de vie hivernales, combinées à une reprise des mobilités, favorisent la transmission.
La prise en charge reste inégale. Les traitements existent, mais l’accès au dépistage demeure limité. Dans certaines zones rurales, les patients consultent d’abord les praticiens traditionnels, faute de structures médicales accessibles.
Rougeole et maladies évitables par la vaccination
La rougeole illustre un autre mécanisme. En effet, la maladie reste étroitement liée aux niveaux de couverture vaccinale. Lorsque celle-ci baisse, les flambées réapparaissent rapidement.
Le début du printemps correspond à une intensification des contacts sociaux, notamment chez les enfants. Dans plusieurs pays, les services de santé signalent des foyers localisés dès le mois de mars.
Dans les régions où l’accès à la vaccination est limité, les médecines traditionnelles assurent une partie de la prise en charge symptomatique. Elles soulagent la fièvre, les douleurs, l’épuisement. Cependant, elles ne remplacent pas la prévention, mais elles structurent une réponse communautaire en l’absence de système formel.
Maladies oubliées: le retour discret des carences sévères
Certaines pathologies liées aux carences nutritionnelles refont surface de manière cyclique. Le scorbut en est un exemple marquant. Il ne relève pas du passé. Il apparaît encore dans des contextes précis, notamment dans des camps de réfugiés, des zones enclavées ou chez des populations dépendantes d’une aide alimentaire insuffisamment diversifiée.
La fin de l’hiver révèle ces déficits
Les stocks alimentaires sont épuisés. L’accès aux produits frais reste limité. Les symptômes deviennent visibles. Fatigue intense, douleurs articulaires, troubles gingivaux.
Dans ces situations, les savoirs locaux jouent souvent un rôle crucial. Certaines communautés identifient rapidement les plantes ou aliments capables de corriger ces carences. Et ce, parfois plus vite que les dispositifs humanitaires standardisés.
Infections bactériennes et vulnérabilité respiratoire
Mars correspond également à une période de forte vulnérabilité respiratoire. Les muqueuses restent fragilisées par l’hiver. Les variations de température favorisent les infections bactériennes.
Des maladies comme la diphtérie continuent de circuler dans certaines zones où la vaccination n’est pas systématique. Les cas restent rares à l’échelle globale, mais graves localement. Le diagnostic tardif augmente le risque de complications.
Sur le terrain, certains praticiens traditionnels identifient les signes cliniques avant même l’arrivée des équipes médicales. Leur observation repose sur l’expérience accumulée, la reconnaissance des symptômes respiratoires spécifiques, et une connaissance fine des évolutions saisonnières.
Une réponse scientifique encore incomplète
La médecine moderne n’ignore pas ces maladies oubliées. Elles sont documentées et les traitements existent pour la plupart. Mais leur prise en charge souffre d’un manque de priorité.
Les financements se concentrent sur les crises aiguës et les menaces émergentes. Les pathologies anciennes, pourtant toujours actives, restent reléguées au second plan. La surveillance épidémiologique demeure fragmentée dans de nombreuses régions.
Cette situation crée un décalage entre la réalité du terrain et les priorités institutionnelles.
Le rôle persistant des médecines traditionnelles
Dans ce contexte, les médecines traditionnelles ne relèvent ni du folklore ni de l’opposition à la science. Mais elles répondent à un vide. Elles assurent une continuité de soins là où les structures médicales sont absentes, saturées ou inaccessibles.
En outre, ces maladies oubliées évoluent et intègrent parfois des notions issues de la biomédecine. Elles adaptent leurs pratiques aux nouvelles contraintes climatiques, alimentaires et sociales.
Leur rôle devient particulièrement visible lors des périodes de transition saisonnière, quand les systèmes formels peinent à absorber la demande.
Des indicateurs chiffrés qui confirment la tendance
Les données disponibles confirment que ces résurgences ne relèvent pas d’impressions de terrain isolées.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, la tuberculose touche encore plus de dix millions de personnes chaque année. Des pics de diagnostic fréquemment observés au premier semestre dans plusieurs régions tempérées et continentales.
La rougeole, malgré l’existence d’un vaccin efficace, a connu une recrudescence mondiale avec plusieurs centaines de milliers de cas recensés annuellement. Principalement dans des zones où la couverture vaccinale est inférieure aux seuils de protection collective.
Un signal sanitaire à ne pas ignorer
Concernant les carences nutritionnelles, des enquêtes menées dans des contextes humanitaires montrent que jusqu’à un tiers des populations déplacées présentent des déficits en micronutriments à la sortie de l’hiver. Notamment en augmentant significativement le risque de pathologies comme le scorbut ou les infections opportunistes.
Voir aussi: La pénurie mondiale d’antibiotiques, une bombe sanitaire silencieuse
Ces chiffres restent probablement sous-estimés, faute de systèmes de surveillance continus dans les régions les plus vulnérables, ce qui renforce l’écart entre la réalité sanitaire et les statistiques officielles.
Quand les maladies oubliées refont surface en mars
La réapparition cyclique de ces maladies n’est pas un hasard. Elle reflète des fragilités structurelles persistantes. Inégalités d’accès aux soins. Précarité alimentaire. Mobilités contraintes. Effets du changement climatique.
Mars agit comme un révélateur, il ne crée pas la maladie mais la rend visible.
Comprendre ces dynamiques permet d’anticiper plutôt que de réagir. C’est là que le dialogue entre médecine scientifique, santé publique et savoirs traditionnels devient indispensable.






























